La place Dauphine

Deuxième place royale, après celle des Vosges, créée par Henri IV, la place Dauphine est nommée ainsi en l’honneur du Dauphin, Louis, né en 1601, futur Louis XIII, comme le rappelle à sa manière Jacques Dutronc dans sa chanson Paris s’éveille : « Je suis le dauphin de la place Dauphine… »

Dans une France pacifiée, Henri IV lance plusieurs chantiers d’urbanisme. L’espace de la future place Dauphine est alors occupé par le Verger du roi, terrain trapézoïdal bordé de treille, et par trois îlots qui, avec la construction du Pont-Neuf, ont été rattachés à l’île de la Cité. En 1607, quand, moyennant redevance, le roi concède au premier président du Parlement Harlay l’ensemble de ces terrains, il le charge d’y aménager une place sous la direction de son ministre Sully.

La place la plus utile de Paris

L’idée est de tracer deux rues qui surplomberont la Seine au nord et au sud pour se rejoindre au niveau du pont. En trois ans, trente-deux maisons identiques sortent de terre sur des plans de Louis Métezeau. À l’instar de la place Royale, les maisons ont le même modèle: deux étages carrés en brique avec chaînages de pierre surmontés de lucarnes à fronton curviligne, avec un rez-de-chaussée à arcades et toit d’ardoise.

Malheureusement, la parfaite ordonnance de la place « la plus belle et la plus utile de Paris », selon Malherbe, a été ruinée: les maisons sont des maisons de rapport, et les propriétaires n’hésitent pas à percer de nouvelles ouvertures et à surélever pour augmenter leurs revenus. N’ont été conservé que les deux pavillons symétriques côté Pont-Neuf, en face de la statue d’Henri IV, la première en France à être ainsi mise en scène et à donner à la place son caractère royal.

À la croisée des arts

Au XVIIIe siècle, la place accueille, le jour de la Fête-Dieu, l’un des plus beaux reposoirs de Paris; cet événement attire tant de badauds que des peintres qui ne sont pas membres de l’Académie commencent d’y exposer en plein air – Boucher, Nattier, Coypel, Lancret, Chardin…

Plus tard, Georges Simenon sera un habitué de ses cafés, et l’on pourra y croiser Yves Montand et Simone Signoret, qui ont établi là leurs résidence. Quant aux amoureux de la littérature, ils auront une pensée pour André Breton, qui en a fait les décors de bien des scènes de Nadja.

Il est vrai que pour lui et ses amis surréalistes, la Seine enserrant l’île de la Cité n’est autre qu’une femme allongée dont le sexe serait…la place Dauphine.

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