Le pont Marie

Le pont Marie naît au début du XVIIe siècle, de la volonté royale de créer une nouvelle voie de circulation entre la rive droite et l’Université de la rive gauche, et d’exploiter des terrains encore vierges. En même temps que lui, c’est en effet toute l’île Saint-Louis qui s’ouvre à l’urbanisme.

Longtemps, l’île Saint-Louis fut constituée de deux îlots en friche, séparés par un chenal et qui appartenaient aux chanoines de Notre-Dame. On les appelait l’île Notre-Dame et l’île aux Vaches, ce dernier nom témoignant de l’absence de l’urbanisation sur ces terrains.

Au début du XVIIe siècle, un entrepreneur du nom de Christophe Marie comprend l’intérêt qu’il y a à rassembler ces îlots en une seule île, qu’on dotera de quais et de rues. Établi dès 1605, ce premier projet, qui ne fait pas encore de distinction entre le pont de la Tournelle et le pont Marie, s’inscrit dans la droite ligne des plans d’urbanisme du roi Henri IV en remplissant trois objectifs: doter Paris d’ouvrages modernes, y améliorer la circulation et tirer profit de terrains encore inexploités au cœur même de la ville.

L’opposition de Notre-Dame

Il faut attendre 1614 pour que soit signé le traité entre le Conseil d’État et Christophe Marie. Celui-ci accepte de construire à ses frais le pont qui va porter son nom, en échange de la concession des terrains de l’île Saint-Louis. La première pierre est posée par Louis XIII et sa mère Marie de Médicis cette même année 1614, mais la ferme opposition des chanoines de Notre-Dame va retarder les travaux : ces derniers arguent qu’une telle construction serait nuisible à la circulation des bateaux accostant ou partant des ports Saint-Paul et de l’Arsenal, ainsi qu’à la circulation…de l’air pour les malades de l’Hôtel-Dieu !

Par ailleurs, l’île Saint-Louis ainsi réaménagée leur apparaît comme un bastion idéal où se retrancher en cas d’insurrection, ce qui n’est pas sans les effrayer. Le Conseil d’État déboute pourtant chacun de leur recours, et le pont est finalement achevé en 1635. Il comporte cinq arches en plein cintre portées par quatre piles, surmontées chacune d’une niche destinée à recevoir une statue.

Le terrible hiver 1658

Par la suite, le pont Marie est recouvert d’un ensemble de cinquante maison symétriques et toutes identiques, aux façades en pierre de taille et en pans de bois en saillie sur le fleuve. Chacun de leurs rez-de-chaussée est occupé par des commerces, tandis que leurs trois étages et leurs combles sont loués en tant qu’habitation.

Mais mal entretenu, le pont subit de plein fouet la crue soudaine des eaux de la Seine à la suite du dégel du terrible hiver 1658 : les flots emportent deux de ses arches ainsi que vingt maisons, causant la mort d’une centaine de personnes.

L’intervention de Louis XIV

Ce n’est qu’en 1670 que les deux arches sont reconstruites, sans maisons cette fois. À l’occasion de ces travaux, Louis XIV insiste sur l’importance du pont Marie, rappelant que « ledit pont est un passage très nécessaire pour le charriage des provisions de blé, vins bois, foins et toutes autres nécessités et marchandises, qui ne peuvent plus être distribuées [sans lui] ».

Le roi témoigne ainsi de l’étonnante continuité des choix de politique urbaine entre les trois premiers Bourbons que sont Henri IV, Louis XIII et lui-même. Plusieurs demandes lui sont faites pour pouvoir reconstruire des maisons, mais Louis XIV les refuse toutes, ce qui portera atteinte à la postérité économique du pont. En 1769, les quelques maisons restantes seront définitivement condamnées.

Des niches sans statues

En 1850, lors de la restauration du pont Marie, on suggère d’orner les niches qui surmontent chacune des piles de statues d’hommes illustres. Mais ce projet n’aboutira pas et, aujourd’hui encore, les niches ne contiennent aucune statue : elles sont ainsi restées vides depuis leur construction.

Classé monument historique en 1887, le pont reste aujourd’hui strictement identique à l’ouvrage d’origine, et ce en dépit des assauts que lui a infligés le fleuve pendant quatre siècles – en témoigne notamment la marque visible sur le pont côté île Saint-Louis, en amont de la Seine, qui indique le niveau auquel est montée l’eau lors de la crue de 1910.

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