Nichée au sommet de la légendaire rue Mouffetard dans le 5ème arrondissement, la place de la Contrescarpe incarne ce Paris à la fois historique et vivant que recherchent visiteurs et parisiens. Cette petite place pavée d’environ quarante mètres de diamètre offre un concentré d’histoire, de convivialité et d’authenticité qui en fait l’un des lieux les plus emblématiques du Quartier Latin.
Origines et étymologie : un nom qui raconte l’histoire
Le nom « Contrescarpe » provient d’un terme de fortification militaire désignant la paroi extérieure du fossé entourant un mur d’enceinte, du côté de la campagne. Cette appellation nous rappelle qu’au Moyen Âge passait non loin d’ici l’enceinte de Philippe Auguste, construite au 13ème siècle pour protéger Paris.
La place tire son nom de l’ancienne rue de la Contrescarpe-Saint-Marcel, aujourd’hui divisée entre la rue Blainville et la partie haute de la rue du Cardinal-Lemoine. À cet emplacement se dressait autrefois la porte Bordet, une des sorties de l’enceinte médiévale permettant d’accéder aux faubourgs de Paris, marquant ainsi la frontière entre la ville fortifiée et les campagnes environnantes.
Naissance de la place moderne
La place de la Contrescarpe dans sa configuration actuelle a été formée en 1852, sous le Second Empire. Elle s’est constituée suite à la destruction de certaines habitations situées entre les rues Mouffetard, Lacépède et du Cardinal-Lemoine. Cette transformation urbaine typique du Paris haussmannien a permis de créer un espace public aéré au cœur d’un quartier médiéval particulièrement dense.
La place mesure environ quarante mètres de diamètre et possède en son centre un terre-plein occupé en partie par une fontaine publique. Ce bassin à l’eau couleur rouille est devenu au fil des décennies l’un des symboles visuels de la place, attirant les regards et servant de point de rencontre naturel.
Un carrefour administratif stratégique
La place de la Contrescarpe constitue un point central du 5ème arrondissement, située au centre des quatre quartiers administratifs que sont Saint-Victor, Jardin-des-Plantes, Val-de-Grâce et Sorbonne. Cette position stratégique en fait un véritable carrefour, tant géographique qu’humain, où convergent étudiants, habitants et touristes.
Située au débouché des rues Lacépède et du Cardinal-Lemoine, elle forme également le point culminant de la rue Mouffetard, l’une des plus anciennes voies de Paris qui descend en pente douce vers le quartier Saint-Médard.
L’âge d’or littéraire : La Pomme de Pin
L’histoire littéraire de la place remonte bien avant sa création officielle. Le célèbre cabaret-taverne La Pomme de Pin, vanté par Rabelais, était situé à l’angle des rues Mouffetard et de la Contrescarpe Saint-Marcel. Ce lieu mythique a marqué la vie intellectuelle parisienne pendant plusieurs siècles.
Dès la Renaissance, la place devient un lieu de rencontre pour les esprits brillants et créatifs. Le cabaret accueillait des figures emblématiques comme Rabelais, Ronsard et Du Bellay, piliers de la Pléiade. Imaginez l’atmosphère de cette époque : les taverniers versaient de la cervoise ou du vin accompagné de harengs bien salés qui assoiffaient encore davantage les clients.
Au 17ème siècle, le cabaret continua d’attirer les plus grands noms de la littérature française : Boileau, Racine, La Fontaine et Molière vinrent y chercher l’inspiration et la convivialité. Ces murs ont résonné des conversations qui ont façonné la littérature française classique.
Une inscription en lettres gothiques placée sur la façade de l’immeuble du n°1 rappelle cette histoire, bien qu’elle soit erronée selon les historiens. Qu’importe : le mythe littéraire de La Pomme de Pin continue d’enchanter l’imagination des visiteurs.
Hemingway et les années folles
La place connut une seconde jeunesse littéraire dans les années 1920. Ernest Hemingway vécut non loin de la place durant cette décennie, prenant résidence au 74 rue du Cardinal-Lemoine. Pour les Américains, la place est surtout célèbre pour avoir servi de décor d’ouverture à son roman autobiographique « Paris est une fête » (A Moveable Feast).
« Puis vint le mauvais temps, » commence le livre. « Il arrivait un jour quand l’automne était fini. Nous devions fermer les fenêtres la nuit contre la pluie et le vent froid qui dépouillait les feuilles des arbres sur la place Contrescarpe. »
Ce début légendaire suggère qu’à la fin de sa vie, Hemingway valorisait davantage ces années parisiennes de jeunesse, lorsque la vie était encore difficile et le succès incertain, plutôt que la célébrité et la richesse qui suivirent. À cette époque, le quartier se trouvait encore à l’extérieur des fortifications et était principalement habité par les classes populaires.
La place était alors l’épicentre de la vie nocturne du quartier, rôle qu’elle continue d’assumer aujourd’hui avec ses nombreux bars et restaurants.
L’enseigne controversée « Au Nègre Joyeux »
Au n°12, côté ouest de la place, se trouvait l’ancien magasin de cafés « Au Nègre joyeux » dont l’enseigne, déposée au printemps 2018, n’a pas été remise en place car la Mairie de Paris, propriétaire depuis 1988, a jugé son titre et son iconographie racistes et colonialistes.
Cette décision illustre les débats contemporains sur la mémoire coloniale et les représentations du passé dans l’espace public parisien. L’enseigne, témoin d’une époque révolue, a été retirée définitivement, marquant ainsi l’évolution des mentalités et la volonté de ne plus perpétuer des stéréotypes offensants.
Vie contemporaine : entre authenticité et tourisme
Aujourd’hui, la place est devenue un lieu désormais touristique qui possède de nombreux cafés, pour la plupart récents, bien que quelques façades gardent le souvenir d’une période plus ancienne. L’été, des musiciens viennent jouer à l’extérieur pour les visiteurs, et les arbres au centre de la place offrent de l’ombre sur les belles rues pavées.
La place est entourée de cafés et restaurants aux terrasses animées, proposant une cuisine variée : française, italienne et asiatique. Elle est connue pour sa vie nocturne vibrante, attirant particulièrement les étudiants de la Sorbonne et des universités voisines du Quartier Latin.
En journée, l’ambiance est plus tranquille. Les habitués viennent prendre leur café en terrasse, lire le journal ou simplement profiter du soleil. La proximité du marché de la rue Mouffetard, qui anime le quartier plusieurs fois par semaine, ajoute à l’authenticité du lieu.
Rénovations et polémiques récentes
La place n’a pas échappé aux controverses urbanistiques qui agitent régulièrement Paris. Des travaux ont été décidés en 2016 pour libérer la place des chaînes et des haies qui empêchaient d’accéder à son centre, et pour régler la question du stationnement anarchique des motos.
Des agents pathogènes liés aux ordures et aux rats ont conduit à l’abattage des quatre paulownias de la place, remplacés par de nouveaux en 2022, puis à nouveau en 2025. Ces problèmes sanitaires récurrents témoignent des défis de gestion d’un espace public très fréquenté dans un quartier dense.
Un projet initial envisageait de classer la place en zone de rencontre à 20 km/h, mais il fut rejeté par la mairie du 5ème arrondissement qui invoquait une augmentation des droits à payer par les cafetiers. La place reste donc en zone 30.
Les rénovations de 2017 ont suscité des réactions mitigées. Certains déplorent la minéralisation excessive de l’espace et le remplacement des grands arbres par de jeunes plants, tandis que d’autres apprécient la modernisation et l’accessibilité améliorée.
L’affaire Benalla
En 2018, lors d’une manifestation du 1er mai se déroulant sur la place, Alexandre Benalla interpelle et violente, en usurpant la fonction de policier, un couple de personnes ayant lancé des projectiles sur des CRS. Cet incident, filmé et largement diffusé, déclencha ce qui deviendra « l’affaire Benalla », l’un des plus grands scandales politiques du quinquennat Macron.
La place de la Contrescarpe se retrouva ainsi involontairement au centre d’une affaire d’État, prouvant une fois de plus que cet espace public modeste continue d’être le théâtre de moments historiques significatifs.
Point de départ pour explorer le Quartier Latin
La place de la Contrescarpe est le point de départ idéal pour explorer la célèbre rue Mouffetard, l’une des plus anciennes de Paris, qui descend en pente douce vers le bas du Quartier Latin. Cette rue pittoresque, bordée de commerces, de marchés et de restaurants, offre une atmosphère unique mêlant histoire, artisanat et vie de quartier.
Depuis la place, on accède facilement à de nombreux sites emblématiques : le Panthéon à quelques minutes à pied, les arènes de Lutèce, le Jardin des Plantes, ou encore l’église Saint-Étienne-du-Mont. La place est desservie par la station de métro Place Monge, située à quelques minutes à pied, facilitant l’accès depuis toute la capitale.
Un charme villageois au cœur de Paris
Ce qui frappe le plus sur la place de la Contrescarpe, c’est son atmosphère de village en pleine capitale. Malgré l’affluence touristique, elle conserve une authenticité et une convivialité qui rappellent le Paris d’autrefois. Les pavés irréguliers, les façades anciennes, la fontaine centrale et les terrasses animées créent un décor où le temps semble s’être arrêté.
La place réussit ce pari difficile de combiner authenticité historique et vitalité moderne. Elle reste un endroit où les Parisiens aiment venir, pas seulement pour montrer leur ville aux visiteurs, mais pour eux-mêmes, pour retrouver cet esprit de quartier qui se fait de plus en plus rare dans une métropole en perpétuelle mutation.
Conseils pour visiter
Pour profiter pleinement de la place de la Contrescarpe, privilégiez les matmatins en semaine quand l’ambiance est plus calme et authentique. Les cafés ouvrent tôt et vous pourrez observer la vie du quartier s’éveiller tranquillement.
Le week-end et en soirée, l’atmosphère devient plus festive et touristique. C’est le moment idéal pour vivre l’effervescence de ce lieu de rencontre, mais attendez-vous à des terrasses bondées et à une ambiance bruyante.
Si vous visitez en journée, combinez votre passage avec le marché de la rue Mouffetard (mardi, jeudi, samedi et dimanche matin) pour une expérience complète du quartier. N’hésitez pas à vous perdre dans les ruelles adjacentes où se cachent de nombreuses pépites : boutiques artisanales, boulangeries traditionnelles et petits restaurants familiaux.
Conclusion
La place de la Contrescarpe n’est pas simplement un lieu touristique parmi d’autres. C’est un condensé d’histoire parisienne où se sont croisés Rabelais et Hemingway, où résonnent encore les vers de la Pléiade, et où continue de battre le cœur du Quartier Latin. Entre ses pavés usés par les siècles, autour de sa fontaine patinée par le temps, se perpétue cette magie parisienne faite de littérature, de convivialité et de vie de quartier qui fait le charme éternel de la capitale française.