La Commune de Paris 1871 : 72 jours de révolution et de sang

Le 18 mars 1871, Paris entre en dissidence. Ce n’est pas une simple émeute de la faim, c’est l’acte de naissance d’une République sociale qui va durer 72 jours. Entre la trahison de Versailles, l’occupation prussienne et les idéaux libertaires, la Commune est un laboratoire politique unique. Mais c’est aussi le récit d’une tragédie urbaine où la capitale a failli disparaître dans les flammes.

I. Le contexte : Un Paris humilié et armé

Pour comprendre l’explosion du 18 mars, il faut analyser le climat explosif de l’hiver 1870-1871.

1. Le Siège et la « Capitulation »

Après la défaite de Sedan, les Prussiens encerclent Paris. Le « Gouvernement de la Défense Nationale » est perçu par les ouvriers parisiens comme un gouvernement de traîtres. Pendant que les riches ont fui la capitale, le peuple a tenu bon sous les bombes, mangeant des rats et du cheval. La signature de l’armistice en janvier 1871, suivie de l’entrée des Prussiens sur les Champs-Élysées, est vécue comme un coup de poignard.

2. La Garde Nationale : Le pouvoir au bout du fusil

Paris dispose d’une force armée inédite : la Garde Nationale (300 000 hommes). Contrairement à l’armée de métier, elle est composée de civils qui élisent leurs officiers. Ils sont organisés en un « Comité Central ». C’est un État dans l’État, armé, payé par une solde quotidienne de 1,50 franc (les « trente sous »), et profondément républicain.


II. L’Étincelle : L’Affaire des Canons de Montmartre

Le 18 mars 1871, Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif, veut désarmer Paris pour rassurer la bourgeoisie et les Prussiens.

1. Le fiasco de la Butte

Thiers envoie le général Lecomte saisir les canons à Montmartre. Problème : les attelages pour les transporter arrivent avec plusieurs heures de retard. La foule s’amasse. Les femmes, Louise Michel en tête, encerclent les soldats. Lecomte ordonne de tirer sur la foule. Les soldats refusent, fraternisent et arrêtent leur propre général.

2. La fuite à Versailles

Le soir même, Thiers panique. Il ordonne l’évacuation totale de l’armée et de l’administration vers Versailles. Paris se réveille le 19 mars aux mains du Comité Central de la Garde Nationale. Le drapeau rouge flotte sur l’Hôtel de Ville.


III. L’Expérience Communarde : Un Laboratoire Social

Le 26 mars, les Parisiens élisent le « Conseil de la Commune ». Ce n’est pas un bloc monolithique : on y trouve des jacobins, des blanquistes (révolutionnaires autoritaires), des membres de l’Internationale (socialistes) et des anarchistes.

1. Des décrets visionnaires

En quelques semaines, la Commune légifère sur ce que la France mettra un siècle à adopter :

  • Séparation de l’Église et de l’État : Les biens des congrégations sont nationalisés.

  • Droit du travail : Interdiction du travail de nuit pour les boulangers, réquisition des ateliers abandonnés pour les transformer en coopératives ouvrières.

  • Éducation : Création des premières écoles professionnelles pour filles et gratuité totale des fournitures scolaires.

  • Justice : Gratuité des actes et élection des juges au suffrage universel.

2. La place des femmes

Les femmes ne sont pas seulement sur les barricades. Des figures comme Nathalie Le Mel ou Elisabeth Dmitrieff créent l’Union des Femmes pour la défense de Paris. Elles réclament l’égalité salariale (obtenue pour les institutrices) et le droit au divorce. C’est l’un des moments les plus féministes du XIXe siècle.


IV. La Stratégie Militaire : Paris assiégée par la France

Thiers, à Versailles, reconstitue une armée avec l’aide de Bismarck, qui libère des prisonniers de guerre français exprès pour « écraser la canaille ».

1. Les remparts et les forts

Paris est protégée par l’enceinte de Thiers (construite en 1840) et une ceinture de forts. Les combats commencent dès avril à Courbevoie et Asnières. Les Communards, mal commandés (ils changent de délégué à la guerre sans cesse : Cluseret, Rossel, Delescluze), perdent peu à peu les points stratégiques.

2. La destruction des symboles : La Colonne Vendôme

Le 16 mai, sous l’impulsion du peintre Gustave Courbet, la colonne Vendôme, symbole du militarisme napoléonien, est abattue. C’est un acte hautement symbolique : la Commune veut effacer les traces de l’Empire pour construire une ère de paix universelle.


V. L’Apocalypse : La Semaine Sanglante (21-28 mai 1871)

C’est le massacre le plus violent qu’une capitale européenne ait connu au XIXe siècle.

1. L’entrée des Versaillais

Le 21 mai, les troupes régulières entrent par la porte de Saint-Cloud, laissée sans surveillance. Ils progressent dans un Paris hérissé de 900 barricades.

2. La terre brûlée et les incendies

Face à l’avancée inexorable des « Versaillais », certains chefs communards ordonnent l’incendie des bâtiments officiels.

  • Le Palais des Tuileries : Il brûle pendant 48 heures (il ne sera jamais reconstruit).

  • L’Hôtel de Ville : Les archives de Paris partent en fumée.

  • La Cour des Comptes (sur l’actuel emplacement du Musée d’Orsay).

3. Les massacres de masse

La répression n’est pas un combat, c’est une boucherie. On fusille sur place quiconque a des traces de poudre sur les mains. Les jardins publics (Luxembourg, Monceau) deviennent des fosses communes. Les derniers combats se déroulent au cimetière du Père-Lachaise, entre les tombes. 147 survivants sont fusillés contre le « Mur des Fédérés ».


VI. Le Bilan : Une ville décapitée

Le bilan humain est effroyable. Les historiens parlent aujourd’hui de 20 000 à 30 000 morts en une seule semaine (côté Communards).

1. La répression judiciaire

Thiers veut une « purge » définitive.

  • 43 500 arrestations.

  • 13 500 condamnations par des conseils de guerre (dont des centaines à la peine de mort).

  • Des milliers de déportations en Nouvelle-Calédonie (dont Louise Michel).

2. Les conséquences urbaines

L’incendie des archives force la ville à reconstituer tout son état civil. Sur le plan architectural, la disparition des Tuileries ouvre la perspective du Louvre vers les Champs-Élysées. Enfin, la construction du Sacré-Cœur de Montmartre est votée en 1873 pour « expier les crimes de la Commune ».


VII. Pourquoi l’histoire a-t-elle mal retenu la Commune ?

Pendant longtemps, la version versaillaise a dominé : les Communards étaient dépeints comme des alcooliques et des incendiaires. Il a fallu attendre le XXe siècle pour que les historiens réhabilitent l’œuvre sociale de la Commune.

Points clés à retenir pour votre audience :

  • Louise Michel : L’âme de la résistance, pédagogue et poétesse.

  • La Semaine Sanglante : Le traumatisme qui a fait de Paris une ville « sage » pendant des décennies.

  • L’héritage : La séparation de l’Église et de l’État et l’école gratuite trouvent leurs racines ici.

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