Une idée révolutionnaire

Un député français a eu l’idée de mettre sur pied la première exposition visant à faire la promotion du savoir-faire national, en 1796. A l’époque, il s’agit surtout d’écouler les stocks des manufactures qui s’entassent. Un an plus tard, la manifestation déménage de Saint-Cloud à Paris.

En pleine Révolution française, la République naissante décide de mettre sur pied un événement célébrant les talents tricolores. François de Neufchâteau initie les premières Expositions nationales. En 1796, le député des Vosges lance une commission chargée d’inspecter les manufactures de Sèvres, des Gobelins et de la Savonnerie. Le rapport de la commission dresse un constat alarmant et clair : les ventes sont insuffisantes et les stocks s’amoncellent de manière inquiétante dans les magasins des manufactures.

Malgré tout le savoir-faire des ouvriers et le prestige attribué aux fabrications parisiennes, les ventes sont insuffisantes à cause d’une commercialisation déficiente. Il faut écouler les invendus et François de Neufchâteau, très au fait de questions économiques, entend remédier à la situation. Le député imagine pour cela une manifestation qui serait l’occasion pour les fabricants de rencontrer les marchands.

Débuts à Saint-Cloud

C’est chose faite, la même année, en 1796, dans le parc et le château de Saint-Cloud. Le pays donne rendez-vous aux exposants venus de toute la France. Exemptés de taxes, les acheteurs, comme les vendeurs, sont nombreux à y participer. Des fêtes, des spectacles et des jeux sont organisés pour rendre encore plus attractive une manifestation baptisée « Assises de l’industrie française ».

Il s’agit, outre de commercialiser les produits, de mettre en valeur les fabricants et leur talent, et de valoriser les objets proposés. Après les états généraux, c’est une nouvelle occasion pour les Français de se rencontrer et de se découvrir: une première tentative, dans un pays en phase d’unification, d’écrire un destin commun.

Déménagement au Champ-de-Mars

Forte de son succès, cette grande foire déménage à Paris l’année suivante en 1797. Saint-Cloud est en effet jugé trop excentré, et c’est à l’hôtel d’Orsay que les producteurs de l’Hexagone prennent leurs quartiers. Située au 69 rue de la rue de Varenne, la bâtisse est aujourd’hui connue sous le nom d’hôtel de Clermont.

Le public étant au rendez-vous, l’on décide d’un lieu plus prestigieux et encore plus central pour la tenue de l’événement: le Champ-de-Mars. Devenu ministre de l’intérieur, François de Neufchâteau organise la première « Exposition nationale des produits de l’industrie » du 18 au 21 septembre 1798. Pas moins de 110 exposants, issus de 16 départements, présentent leur fabrications. Les emplacements y sont gratuits. Et c’est, déjà, l’occasion de découvrir des innovations révolutionnaires : on y présente le « mètre-étalon », qui donnera le système métrique actuel.

L’héritage des foires médiévales

Si l’on considère que ces expositions « révolutionnaires » représentent les ancêtres des expositions universelles, il s’agit là d’une modernisation des fêtes et foires médiévales. On y retrouvait déjà les ingrédients d’un rendez-vous à la fois commercial, culturel et festif. Mais les produits, venus de toute la France, puis de l’Europe, étaient les vedettes de ces manifestations.

En 1470, on doit à Louis XI la première tentative de mettre sur pied une exposition des produits français en Angleterre. Sully, premier ministre d’Henri IV, formula l’idée d’une exposition nationale des produits manufacturés. Au XVIIe siècle, une exposition d’art investit la cour du Palais-Royal, avant que l’on fasse place, en 1699, à quelques machines aux côtés des toiles de maîtres, dans la grande galerie du Louvre.

Sous l’impulsion de Colbert, des récompenses et des primes sont remises aux nombreux industriels, pour encourager les premiers pas du secteur dans l’Hexagone. au siècle suivant, la France des Lumières proclamera la liberté du travail, du commerce et de l’industrie.

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