Le pont Louis-Philippe

Construit dans la première moitié du XIXe siècle, le pont Louis-Philippe devait servir à relier le quai de l’Hôtel-de-Ville, rive droite, et le quai de la Tournelle, rive gauche, en prenant simplement appui sur l’île Saint-Louis. Mais c’était sans compter sur les aléas de l’histoire…

En 1833, pour célébrer son accession au trône, le roi Louis-Philippe pose la première pierre d’un pont suspendu qui doit prendre appui dur l’île Saint-Louis et relier la rive droite à la rive gauche.

L’ouvrage est achevé l’année suivante, mais, peu esthétique et inspiré de la révolution industrielle, il traverse la Seine en biais et est fort peu apprécié des Parisiens : ceux-ci ne supportent pas que soit ainsi gâchée la vue depuis la pointe occidentale de l’île Saint-Louis. Qui plus est, ceux qui l’empruntent doivent s’acquitter d’un droit de péage.

Le pont de la Réforme

Lors de la révolution de 1848, un violent incendie l’endommage considérablement. Une partie des câbles de suspension fondent, précipitant une vingtaine de victimes à l’eau. On le reconstruit aussi rapidement que sommairement et, les postes de péages étant supprimés, on le rebaptise « pont de la Réforme ».

Mais les autorités décident de sa démolition douze ans plus tard. Dès 1862, les piétons empruntent un nouveau pont cantonné au grand bras de la Seine et situé un peu plus en amont que le précédent, et les habitants de l’île Saint-Louis, protégés des tumultes et du bruit des deux rives, peuvent de nouveau profiter de la vue superbe.

Un lien resserré entre les deux îles

Œuvre de trois ingénieurs, Edmond Féline-Romany, Georges Martin et Jules Savarin, le nouveau pont Louis-Philippe comporte trois arches de 30 mètres d’ouverture, soutenues par des piles dont les fondations sont en béton. À l’inverse de son prédécesseur, il ne prend plus l’île Saint-Louis comme simple appui, mais s’inscrit véritablement dans son tissu urbain.

En effet, il est alors décidé d’y percer l’actuelle rue Jean-Du-Bellay, de manière à créer un axe depuis la rue du Pont-Louis-Philippe, sur la rive droite, jusqu’au pont Saint-Louis, facilitant ainsi la communication entre l’île Saint-louis et l’île de la Cité. Le tablier de l’ouvrage est en outre d’une largeur suffisante pour l’on y construise deux trottoirs de part et d’autre de la voie centrale, où passent différents véhicules à cheval : charrettes, fiacres et calèches…

Un observateur attentif remarquera la discrète bichromie des deux pierres utilisées pour construire le pont : tandis que les tympans sont en meulière, le reste est en pierre de Jura, provenant de Saint-Ylie. On remarquera également les œils-de-bœuf qui ornent les piles. Entourés d’une couronne de feuillage sculptée dans la pierre et agrémentés d’une rosace métallique en leur centre, ils servent à éclairer les conduites qui passent sous les trottoirs et alimentent l’île Saint-Louis en eau et en gaz.

Le long du quai de Bourbon

Entre le pont Louis-Philippe et la pointe de l’île Saint-Louis, le quai de Bourbon offre plusieurs belles demeures, à commencer par le cabaret Franc-Pinot, dont l’aspect n’a guère changé depuis sa construction au début du XVIIe siècle.

Très prisé des mariniers, réputés francs buveurs, il a longtemps constitué le point de départ des coches d’eau qui parcouraient le fleuve. La maison qui se trouve au numéro 11 fut édifiée en 1640 pour le peintre de cour Philippe de Champaigne, qui réalisa entre autres des portraits de Louis XIII, de Richelieu et d’Anne d’Autriche.

Elle abrite notamment, au fond de sa deuxième cour, le dernier jeu de paume de Paris, édifié à la même époque et dont l’entrée se fait par la rue Saint-Louis-en-l’Île. Au numéro 15 se trouve le bel hôtel Le Charron, construit cette même année 1640 pour Jean Charron, alors contrôleur de l’Extraordinaire des guerres en Picardie. Le peintre Émile Bernard y eut son atelier et y mourut en 1941. L’hôtel possède une jolie cour pavée dont les murs sont décorés de mascarons.

En souvenir de Camille Claudel

L’hôtel de Jassaud, au numéro 19, mérite sans conteste un arrêt, puisqu’il est considéré comme la plus belle demeure du quai. Construit en 1642, il est tout à fait caractéristique du style Louis XIV. Son imposante façade, qui s’élève à plus de 30 mètres de haut, est ornée de trois frontons à décoration florale.

Au premier étage, un énorme balcon à grille en fer forgé est soutenu par de tout aussi élégantes consoles. Une plaque rappelle que la sculpteuse Camille Claudel, élève et amande d’Auguste Rodin, y eut un atelier au rez-de-chaussée entre 1899 et 1913, après sa rupture avec le maître.

La maison du Centaure

Au numéro 29 du quai, l’hôtel Roualle-de-Boisgelin date du milieu du XVIIIe siècle. Sa porte sculptée est d’origine, comme le sont les sculptures qui représentent des guirlandes de chêne ou tout simplement un masque de femme, et qui surmontent toutes les fenêtres de sa façade.

Enfin au numéro 45 se trouve la demeure que François Le Vau, l’architecte de l’église Saint-Louis-en-l’Île, fit édifier vers 1660 pour son propre usage. Elle porte le nom de « maison du Centaure » , en raison de la présence sur sa façade donnant sur la pointe occidental de l’île, d’un bas-relief représentant Hercule combattant le centaure Nessus. François le Vau construisit également les hôtels situés aux numéros 49 et 51 du quai de Bourbon.

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